Dans le hangar de l’aéroport qui abritait le face à face avec la presse, le décor masqué le Kaymor, l’un des avions de la compagnie cloué à terre depuis longtemps pour défaut de pièces de rechanges, renseigne éloquemment sur le mal être que vit la compagnie sénégalaise, lancée en grande pompe sous le régime de Abdoulaye Wade, il y a moins de quatre ans. Confirmant les propos du ministre des Transports aériens, Oumar Guèye, qui a affirmé face aux députés la semaine dernière que «l’entreprise était proche du dépôt de bilan», le coordonnateur du syndicat des travailleurs, Badara Fall, prédit le pire. «Si cette compagnie n’est pas restructurée d’urgence, elle risque d’aller d’ici 48 heures à la cessation de ses activités, parce qu’elle n’arrive plus à supporter ses charges financières. L’activité de la compagnie peut s’arrêter à tout moment si l’Etat ne réagit pas très vite», a t-il lâché devant les journalistes. Et l’inquiétude se lisait nettement sur les visages des employés venus répondre massivement à l’Assemblée générale suivie du point de presse.
Même s’ils nourrissent un grand espoir à l’idée de la recapitalisation annoncée par la tutelle, celle-ci ne serait d’aucune utilité si elle ne venait pas à temps, à savoir, avant le dépôt de bilan. Car, les signes prémonitoires d’une cessation prochaine d’activités sont de plus en plus évidents : retards ou annulations de vols, défaut de pièces de rechange, arriérés de salaires, entre autres. «Les retards qu’on constate ces derniers temps, sont des conséquences des problèmes financiers que traverse la compagnie. Parce que pour commander des pièces de rechange, il faut des fonds, pour le kérosène aussi… Nous avons rencontré la tutelle à plusieurs reprises pour lui faire part de ces difficultés», renseigne Badara Fall, qui ajoute que c’est toujours le flou total sur les résultats de l’audit de la compagnie, qui devait situer le nœud des difficultés que traverse Senegal Airlines. Pis, renseigne Badara Fall, «certains actionnaires n’ont toujours pas libéré les capitaux dus à l’entreprise».
A ce titre, selon lui, les dispositions sont claires : Il faudrait «vendre leurs actions à d’autres» afin d’assurer la pérennité des activités de la compagnie dont l’Etat envisage de reprendre 51% du capital. En attendant la matérialisation de cet engagement des pouvoirs publics, les travailleurs croisent les doigts en priant qu’une cessation des activités ne vienne compromettre leur outil de travail.
Les difficultés de la compagnie Senegal Airlines ont été longuement et depuis longtemps, relatés dans la presse, notamment par Le Quotidien. Les causes en sont quasiment congénitales. Entre le tour de table mal inspiré de Karim Wade, qui a fait que de nombreux actionnaires semblent avoir plus été des prête-noms qu’autre chose, au business-plan mal inspiré, qui a poussé à la location d’aéronefs d’un modèle dépassé, et fortement consommateurs de carburant, le choix des difficultés n’est pas difficile à trouver. Et cela n’est qu’une mince partie du problème. Est-ce cela qui pousse l’Etat à se hâter très lentement à mettre en œuvre sa stratégie de relance ?
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