Mais Sidy Lamine, cette fois-ci, a franchi le rubicond en tirant un peu trop sur la corde qui, depuis des lustres, maintient la cohésion qui vaut à la société sénégalaise d’être un modèle de stabilité non pas seulement politique, mais sociale. Il serait dès lors facile et d’autant plus grave pour nous journalistes de nous vautrer dans le confort d’un sacro-saint corporatisme pour passer sous silence la dernière sortie de Sidy Lamine Niasse qui s’apparente soudain à une certaine « christianophobie » par opposition à l’islamophobie contre laquelle on tente tant bien que mal de lutter à travers le monde. Pour moins que cela, en Centrafrique, à quelques heures d’ici, à vol d’oiseau, la stigmatisation entre communautés religieuses a conduit à un drame qui se déroule encore sous nos yeux.
Aussi, ce sont moins les attaques de Sidy Lamine, quoique graves, contre la première personnalité de l’Etat représentée en l’occurrence par le Président Macky Sall que sa diatribe contre le clergé sénégalais qui est inquiétant. Quand on sait à quel point les sentiments religieux sont omniprésents dans l’imaginaire collectif et que c’est sur cette base solide que repose l’âme des masses… A moins d’être amnésiques, les masses que Sidy Lamine invoque d’ailleurs dans une envolée qui se veut pro-pauvres, se rappellent sans doute encore, lorsqu’en 2009, le même Sidy Lamine Niasse qui prenait fait et cause pour le Monument de la Renaissance qui aura coûté quelque 18 milliards de nos malheureux deniers, visait à établir que l’Islam bannit les statues qu’on adore, « mais pas celles que l’on contemple pour leur beauté », qui en plus génèrent des devises pour la Nation.
Plus prosaïque, si l’entente entre les communautés religieuses au Sénégal est séculaire, la sortie de Sidy Lamine n’est pas sans rappeler la fragilité de ce ciment à travers des cas de discrimination ou d’abus sociétaux liés à l’affiliation, la croyance ou la pratique religieuses qui ont été récemment notés. Cent soixante tombes ont été vandalisées dans les deux principaux cimetières chrétiens de Dakar ; les responsables des églises avaient indiqué que ces actes se sont déroulés sur plusieurs mois. En octobre 2012, l’Archidiocèse catholique de Dakar a signalé que des crucifix avaient été arrachés sur des tombes et des statuettes et autres objets en bronze volés. En décembre de la même année, des vandales sont entrés dans une église catholique, dans une banlieue de Dakar et ont vandalisé une statue de la Vierge Marie.
Faut-il rajouter à ces actes d’un autre temps, des déclarations d’autant plus préoccupantes qu’elles jettent délibérément l’opprobre sur la deuxième communauté religieuse dans notre pays et dont l’insigne respectabilité dépasse le nombre de ses membres. Une communauté pas moins sénégalaise que Sidy Lamine, loin s’en faut et qui, au demeurant, a produit un de ses illustres fils qui a pu donner une structure et gouverner le Sénégal, majoritairement musulman, pendant vingt ans sans conflits religieux et dont on est tous fiers.
Si on est des petits esprits incapables de retenir les leçons lumineuses d’unification et de vie de Madiba dont l’humanité manque cruellement, soyons au moins de grands esprits mus par le souci de ne pas éteindre la lumière qui nous guide et nous évite de basculer dans ce poison aussi dangereux que le cyanure, de la propagande anti-confessionnelle.
source: http://www.sudonline.sn/poison-dangereux_a_16878.html
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